Le Blog de William Abitbol

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Le Blog de William Abitbol

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Le chat, la souris et le miroir aux alouettes

Un moment d’absence, pardon. C’est qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce matou de Hollande qui continue à jouer avec la souris Angela, un gouvernement sympathique et pataud, une droite qui s’annonce pire que la précédente, tout cela pouvait attendre un peu. Mais pas l’euro, semble-t-il.

La zone euro – rien que cet intitulé aurai dû alerter les plus europhiles – ressemble désormais à « La Méduse », ce bâtiment qui sombra en 1816 au large des côtes africaines. On y est déjà en train de dessiner les plans du radeau et de sélectionner ceux qui auront la chance( ?) de monter à bord.

Il y a le plan A, comme Allemagne, A comme austérité : puisque l’on doit tous mourir à la fin, autant commencer, tout de suite par les plus faibles. Les Grecs en hors-d’œuvre donc.

Il y a le plan B, comme BCE : puisqu’une banque centrale, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon, de celle d’Angleterre, est « prêteur en dernier ressort », pourquoi la BCE n’achèterait-elle pas les Bons du Trésor (oui, de la dette) de chacun des pays membres ? Ce qu’elle fait bien déjà pour les banques, dont ni la solidité ni la pérennité ne paraissent mieux assurées que celle des Etats. On ne voit pas en quoi cette solution de bon sens porterait atteinte à l’indépendance de la BCE, qui resterait libre de contracter ou non, à ses propres conditions, par définition meilleures que celles du marché. Mais pour accepter l’euro, l’Allemagne a pris la BCE en otage. Peur de l’expansion monétaire, hantise de l’inflation, défiance de rentier pour l’emprunteur surtout. La BCE est indépendante de tout, sauf des névroses de l’Allemagne. La Banque de Francfort est un totem.

Alors, il a fallu inventer un leurre, un plan C, comme comète : Les eurobonds. Les cigales et les fourmis qui font pot commun. De fait, la carte de crédit de l’Allemagne à la disposition de tous. Pas trop difficile de rallier les cigales à ce projet mirobolant. Du coup, Angela s’est précipitée sur ce miroir aux alouettes.

On en arrivera donc in fine au plan B, comme l’a très bien anticipé Mario Draghi, le président de la BCE, prêt à jouer pleinement le rôle de Banque fédérale.

Plus de tabou pour le totem. Bien joué le chat.

Moi, Président de la République. Toi, Angela.

La pluie, la grêle, la foudre même et tous les guerriers du Walhalla réunis n’auront pas réussi à empêcher François Hollande de débarquer à Berlin fringant comme à la rosée du matin et feindre de ne pas remarquer l’accueil de sous-préfecture qui lui était réservé.

On pouvait alors penser que, même si le calendrier européen et international a ses exigences, rien n’obligeait le Président de la République à peine investi à se précipiter toutes affaires cessantes en Allemagne pour ce qui aurait pu passer pour une forme d’allégeance. Au vu de l’attitude récente de la Chancelière, la courtoisie commandait plutôt qu’elle se déplace à Paris. L’amitié franco-allemande n’en aurait pas été froissée...

Mais François Hollande est décidément un drôle de zig. Cet amoureux de football – et pas seulement du PSG - préfère débuter sur terrain adverse, parce qu’il sait que les buts marqués à l’extérieur comptent double et qu’un match nul y est déjà une victoire. Et là, devant Angela Merkel verrouillée comme une défense italienne des années 70, Hollande s’en est donné à cœur joie, déroulant son jeu – croissance, croissance, croissance – avec la même insolence que celle qu’il avait imposé à Sarkozy lors de leur débat télévisé.

Jusqu’ici, tout va bien.

Hollande Président, on rêve !




On se souvient qu'en lançant sa campagne François Hollande entendait "réenchanter le rêve français", sans que l'on sache très bien de quel enchantement ni de quel rêve il était question. Mais il suffisait alors de regarder Sarkozy concocter sa potion électorale en mélangeant toutes les éprouvettes de la bile tricolore pour comprendre aussitôt : le rêve français, c'était tout simplement l'antipode de ces valeurs délétères.



Ce cauchemar dissipé (provisoirement ?), apparaît un tout autre écueil: les briseurs de rêves, au premier chef l'Allemagne et ses dépendances. L'Allemagne interdit le rêve aux autres depuis qu'elle a réalisé le sien, la réunification. Son peuple vieillissant entend bien désormais profiter pleinement d'une retraite chèrement acquise. L'Allemagne n'aime pas l'avenir et encore moins si c'est celui des autres qu’il lui faut financer.


Vue de Berlin, la jeunesse, l'horizon de François Hollande, est une chimère qu'il va être très difficile de faire sauter sur les genoux de la Chancelière. Souhaitons quand même bonne chance à notre Merlin national, sachant qu'Angela Merkel n'a rien de la fée Viviane.


Le 6 mai pour la gauche, le 8 mai pour la France

En décédant un 2 avril, le regretté (par moi, en tout cas) Georges Pompidou a fait un joli legs au peuple français : le plaisir d’élire son Président au mois de Mai, symbole de renouveau. On se souvient d’abord du 10 mai 81, figure imposée du récit de gauche, auquel François Hollande a bien été obligé de sacrifier hier soir à la Bastille. Soit.

J’aime davantage la mémoire de ce 8 mai 1995, au lendemain de l’élection de Jacques Chirac, le zéphyr devant l’Arc de Triomphe qui emporta le foulard de Danielle Mitterrand et nous fit découvrir l’empathie affichée par les deux Présidents, le pharaon déclinant et le jeune lieutenant de hussards qu’était redevenu Chirac par la grâce du suffrage universel.

Ils étaient ce jour-là le beau visage de la France. Vivement demain !

L’Énéide de François Bayrou

« On n’élit pas Cassandre », écrivait-on ici il y a quelques semaines. Prophétie facile, certes. Mais, à la lumière de l’acte fondateur qu’il vient d’accomplir, on en vient à rêver que Bayrou pourrait être un nouvel Énée. Vous vous souvenez ? Ce prince Troyen qui après l’incendie de la ville par les Grecs sauva ses pénates puis après être descendu aux Enfers entrainé par la Sybille de Sarnez, finira par fonder une famille qui connaîtra le destin que l’on sait.

Bon vent, François.

Chiens et chat

Francis Scott Fitzgerald avait raison, il y a bien deux espèces d’hommes : les canins et les félins. L’opposition était flagrante, hier soir, lors du débat télévisé. A droite, un Terrier sautillant, aux glapissements hachés (« mensonges, mensonges, mensonges… ») toujours au ras des mollets de son adversaire. (Ah ! l’appel à DSK comme ultime bouée de secours !) ; à gauche, un chartreux placide, posé comme s’il avait toujours été là, chassant l’intrus d’un coup de patte, et de quelques coups de griffe, qu’il a acérées.

L’accession d’un représentant de la race féline à la magistrature suprême n’est pas courante sous la Ve république, plutôt propice aux canidés. De Gaulle était un Bouvier des Flandres, Giscard évoquait le Lévrier, Mitterrand le Labrador, la fidélité en moins, Chirac est un Samoyède qui aime se faire passer pour un Corniaud.

De chat, il n’y eut sans doute que Pompidou, qu’on surnommait d’ailleurs Raminagrobis. Franz-Olivier Giesbert, lors d’un récent passage de François Hollande à la télévision, lui trouvait des traits communs avec De Gaulle, Mitterrand et Chirac. J’y verrais plutôt beaucoup de la bonhomie matoise de Georges Pompidou.

Un Pompidou de gauche, ça c’est du rassemblement, non ?

La politique de la terre brûlée

Nicolas Sarkozy s’apparente chaque jour davantage à ces personnages de tex Avery qui continuent de courir longtemps après qu’ils ont dépassé l’à-pic de la falaise. Nul ne lui contestera cette énergie, surtout pas moi, qui l’avait naguère affublé de gentil sobriquet de « Lapin Duracell ».

Mais l’énergie, comme la volonté ou le courage, sont des traits de caractère que l’on peut employer pour les meilleures comme pour les pires des choses. Ils ne deviennent des « valeurs » que rapportés à de nobles objectifs. La volonté de nuire n’en fait pas partie.

Or, c’est bien la politique de la terre brûlée que Sarkozy applique désormais avec l’énergie du désespoir, sacrifiant sans le moindre état d’âme ce qui pourrait subsister de la droite républicaine après sa débâcle.

Municipales, régionales, cantonales, sénatoriales, présidentielles, législatives, tel sera le champs de ruines laissé par ce reître inculte et puéril qui aura « tagué » notre récit national, en pure perte de surcroît.

Puisque Sarkozy adore Céline, qu’il lise ou relise « D’un château l’autre ». Buisson lui en expliquera les ressorts.

Et 1, et 2, et 3, on est les champions

Dans l’univers orwellien de notre « Little Brother » national, la Vérité est tenue en si haute estime qu’il y en a une nouvelle chaque jour, baptisée « éléments de langage », qu’une meute de porte-parole, les babines retroussées, court aussitôt glapir sur tous les tréteaux.

Il y en avait tant dimanche soir sur les plateaux, grimpant les uns sur les autres pour aboyer plus fort et mordre plus vite (Copé, Guaino, NKM, Peltier, une trouvaille), qu’on avait quelque difficulté à en discerner les nouveaux atours. Essayons quand même.

La Vérité Nouvelle repose sur trois axiomes

1- Les compteurs sont remis à zéro. Le premier tour, c’était « pour du beurre », comme disent les enfants. Et on n’efface pas à moitié. L’Histoire commence le 23 avril. Il y en a même un qui a osé : « c’est sur le prochain quinquennat qu’il faut juger Sarkozy ».

2 - Sarkozy va enfin avoir le droit de s’exprimer. Dans les manuels de la Sarkozia, on apprend que le Président était jusqu’ici bâillonné par l’égalité des temps de parole, censure quasi-militaire imposée par le redoutable et mystérieux CSA.

3 - Avec 48% des voix, jamais la Droite n’a été aussi haut (Peltier, une vraie trouvaille). Apprenons à cet étourneau de Derrière-le-Buisson qu’en 1981 Giscard, Chirac, Debré et Garaud, qui avaient, eux, gouverné ensemble frôlaient les 50%, que le Président sortant était sorti en tête du premier tour et que Mitterrand avait été élu.

Bienheureuse Sarkozia qui n’a pas de mémoire.

Allez, 1 + 2 + 3 = on va gagner !

Il faut vouloir les conséquences de ce que l’on veut

Au second tour, Hollande, pour les raisons déjà exposées. Reste le casse-tête du premier tour, où il y a l’embarras du choix. Surtout l’embarras, aurait dit Coluche. Mais nous sommes la France et puisque nous avons 400 fromages, dix candidats, c’est bien le moins.

Trions un peu. Sur les dix, six sont « souverainistes » dans mon acception du terme, c’est à dire qu’ils ont voté « non » au référendum de 2005. A gauche on dit « nonistes ». Le Pen, Dupont-Aignan, Mélenchon, Artaud, Poutou et même Cheminade. C’est tout de même un progrès.

Oublions Le Pen qui est au souverainisme ce que la gueule de bois est à l’amour du bon vin, saluons Poutou, avec lequel on aimerait partager une friture de goujons, le dimanche, au bord de l’eau, conseillons à Dupont-Aignan de relire Chateaubriand « l’ambition dont on n’a pas le talent est un crime », et venons-en à l’essentiel.

Le souverainisme, cette fois-ci, est à gauche. Il faut dire que l’opposition est son meilleur terreau (la droite en 1992 contre Mitterrand, la gauche en 2005 contre Chirac). Si j’étais engagé à gauche, je voterais Mélenchon, comme un contrefort face à l’inévitable dérive vers la pensée unique que distille l’exercice du pouvoir.

Il me semble plus utile cependant, de faire un pari « pascalien » sur François Hollande. Son refus en l’état du pacte budgétaire imposé par l’Allemagne — entériné par Sarkozy — la présence à ses côtés de « nonistes » tel Chevènement, Montebourg, Fabius et de Mélenchon sur son flanc, une France à fleur de peau surtout, voilà de loin la meilleure carte que nous ayons depuis longtemps.

Et puis, un mien professeur m’avait enseigné qu’il fallait vouloir les conséquences de ce que l’on veut. Hollande, donc, dès Dimanche.

C'est le moment de retourner le matelas

Tous les dix ans environ, l’alternance est une question d’hygiène. Comme le faisaient nos grands-mères, c’est le moment de retourner le matelas. Notre démocratie a besoin de s’aérer, un besoin d’autant plus impératif, cette fois-ci, que Nicolas Sarkozy n’a cessé son mandat durant de chercher à l’enterrer dans les tranchées vermoulues des frilosités et des phobies nationales.

C’est ce besoin vivifiant que mesurent les intentions de vote de second tour en faveur de François Hollande, dont on sent bien qu’elles transcendent les clivages, qu’elles se moquent des programmes, qu’elles sont d’ailleurs sans illusions sur les difficultés qui les attendent, mais qu’elles souhaitent tout simplement se réveiller le 7 mai, se regarder dans la glace et se dire « Tiens j’ai une bonne gueule, ce matin ».

« Au deuxième tour, on élimine », a-t’on coutume de dire. Cela n’a jamais été aussi vrai. Ce sont bien des toxines qu’il nous faut éliminer. « Votez, éliminez ! », pour paraphraser un slogan célèbre.

PS. Le premier tour on en parlera demain.

Le triomphe de Chanteclerc

Un qui exultait à la Concorde et tenait à le faire savoir urbi et orbi, c’est Henri Guaino. Il avait enfin réussi à faire dire à Sarkozy – le candidat et non le Président, précisait aussitôt « l’Elysée » — des choses jugées « folles et irresponsables » par le président et le candidat, il y a quelques semaines encore lorsqu’elle furent émises par François Hollande. A savoir qu’il conviendrait à l’avenir que la Banque Centrale Européenne s’occupât un peu de croissance, nonobstant l’opposition farouche de l’Allemagne à cette hérésie.

Propos de circonstance, chacun l’aura compris, et beaucoup plus irréaliste (il s’agirait de modifier les statuts de la BCE) que la proposition de F. Hollande de renégocier un Pacte de stabilité non encore ratifié.

Mais il y a chez Guaino beaucoup de Chanteclerc, le coq de la pièce d’Edmond Rostand qui croit que c’est son chant qui fait se lever le soleil. Après tout, c’est là sans doute un avatar du gaullisme…

Plus encore, Guaino aura ressuscité une figure oubliée de notre Histoire, le fou du Roi. Jouissant d’une impunité totale, raillant les ministres et d’abord le premier d’entre eux, sa tête de Turc, agitant sa marotte sur tous les plateaux de télévision, Guaino est un personnage pittoresque. Chanteclerc plus Chicot : la BCE n’a qu’à bien se tenir !

La Concorde au cou

« Le gaullisme, c’est le métro à six heures du soir », disait Malraux, le vrai. A en croire les images des meetings parisiens de ce Dimanche, le « métro » était à Vincennes bien d’avantage qu’à la Concorde, où la profusion de drapeaux tricolores et de Carrés Hermès faisait plutôt penser à l’autobus 63 entre l’Alma et le Trocadéro les jours de fête nationale.

Dans un décor qu’on dirait emprunté au tout proche Guignol des Champs-Elysées, Sarkozy a beau s’époumoner « n’ayez pas peur, ils ne passeront pas », la foule a toujours l’air de redouter l’arrivée des chars soviétiques. Il ne s’agit cependant que de ce « mollasson » de Hollande, dont on se dit qu’il doit bien cacher quelque botte secrète pour être capable de faire « disparaître la France éternelle ». Rien de moins.

Dieu, qu’il est loin le gaullisme de cette troupe apeurée pour laquelle rejoindre Londres signifie échapper à l’impôt. Et qu’il est douloureux d’être « de droite », ces temps-ci.

On ne vote pas pour Cassandre

« On a toujours tort d’avoir raison ». La lucidité de Cioran rattrape François Bayrou comme un couperet glacé. Avoir raison et être élu sont « en effet » deux sujets qui ont peu de rapport l’un avec l’autre. Bayrou pourrait se consoler ainsi.

Le hic est que Bayrou n’a pas raison, ou, plutôt, qu’il n’a plus raison. Nul ne lui contestera – à quoi bon ?- la primauté dans la perception des dangers liés à notre endettement. Mais nous n’en sommes plus là. On aurait donc aimé que Bayrou, le dernier personnage hercynien de notre vie politique, le seul sans doute à savoir qui nous sommes et d’où nous venons, « nous autres Français », en déduise où nous devons aller.

Il n’en est rien. Après avoir, en bon disciple d’Henri IV, abjuré son credo européen avec le « produire français », qui lui valut une percée significative, il nous entonne de plus belle l’antienne des marchés, qui professe que tous les malheurs de notre peuple proviennent de sa prodigalité et de son insouciance. C’est un discours de mobilisation qu’espéraient tous ceux qui ont de l’estime pour François Bayrou. Qu’il rappelle, ou apprenne aux français que la France a toujours payé ses dettes, depuis la captivité du roi Jean-le-Bon en 1360, (c’est pour ce faire que le Franc a été créé) jusqu’aux rançons exorbitantes exigées par l’Allemagne en 1871 et 1940 ! Que la France est riche, le patrimoine des Français dépasse 10 000 milliards d’euros, et la seule épargne des ménages équivaut à la totalité de notre dette souveraine (1 700 milliards) ! Qui ne prêterait à un ménage d’une telle aisance ? Rapatrier une partie de la dette en mobilisant l’épargne nationale (à l’instar des Italiens…) voilà le panache blanc qu’on aurait aimé rallier. Dommage.

Légion d’Honneur ou donateurs ?

On aurait envie de parler d’autre chose. De l’Allemagne, par exemple, et du corset budgétaire qu’elle entend imposer à l’Europe, le vrai sujet « régalien » de cette élection. Où est donc passée Madame Merkel, sa présence aux côtés de Nicolas Sarkozy, qui devait être le clou de la campagne ?

Mais, puisque nous n’avons pas droit aux enjeux d’envergure, causons dons de la Légion d’honneur, prérogative présidentielle somme toute plus régalienne que l’attribution du permis de conduire, plus symbolique, plus symptomatique, de l’exercice du pouvoir.

Dans la promotion de Pâques, la dernière de ce quinquennat, Madame Christine Lagarde accède au grade d’officier. Sans préjuger le moins du monde des services rendus par l’ancienne Ministre de l’Economie, aujourd’hui directrice générale du FMI, et encore moins du fond de l’affaire, il se trouve qu’elle est poursuivie devant la Cour de Justice de la République, sur requête du Procureur Général de la Cour de Cassation, pour le rôle qu’elle aurait tenu dans le règlement du contentieux entre l’Etat et Bernard Tapie.

Je ne pense pas, sous réserve d’inventaire, que jamais qui que ce soit ait été distingué dans l’ordre de la Légion d’honneur tout en étant sous le coup d’une procédure judiciaire. La « République irréprochable » est passée par là, qui s’accommode très bien de la médaille accordée à Philippe de Maistre, de l’élévation au grade de Commandeur de M. Guy Wildenstein, et à la « dignité » de grand-croix de M. Jacques Servier. Légion d’honneur ou donateurs ?

Mais, il ne faut désespérer de rien. M. Albert Fert, notre dernier prix Nobel de physique, a lui aussi été promu Commandeur. Au titre du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, modestement, et non pas à celui de la Présidence de la République, Heureux homme !

On ne terrorise pas que les terroristes

Quelque temps après que Nicolas Sarkozy a évoqué « l’épuration » à propos des mesures individuelles envisagées par François Hollande à l’encontre de certains hauts policiers et magistrats, voilà maintenant Laurence Parisot qui voit la Terreur se profiler dans l’ombre de Jean-Luc Mélenchon.

Ces outrances ne seraient que ridicules si elles ne trahissaient pas cette défaillance chronique de la bourgeoisie française - la moins patriote qui soit – dénoncée avec véhémence par Bernanos dans « La grande peur des bien-pensants ».

Terreur, épuration, deux moments sanglants, certes, de notre Histoire, mais survenus l’un comme l’autre en conséquences de la trahison des élites nationales en 1792 comme en 1940.

Si cette référence ne détonne pas dans la bouche de la présidente du Medef, héritière d’une longue tradition – souvenons-nous du Général de Gaulle accueillant à la Libération M. Georges Villiers à la tête d’une délégation patronale : « Ah, bonjour Messieurs, content de vous rencontrer. Parce qu’on ne vous a pas beaucoup vus pendant cette guerre… », elle est plus surprenante dans celle d’un Président de la République, qui avait de surcroit inauguré son mandant en célébrant Guy Moquet.

Depuis, Maurras, semble-t-il, a supplanté Jaurès. Personnellement, je conseillerais plutôt la lecture de Bernanos (« Nous autres Français », à consommer sans modération) à tous ceux qui se gargarisent avec de prétendues valeurs de la droite en se rasant le matin.

Le karaoké de Nicolas Sarkozy

« A Villepinte, j’ai prononcé un discours (sic) qui dit des choses qu’un souverainiste ne renierait pas » affirme N. Sarkozy dans un entretien à Paris-Match.

Que Sarkozy chante du Guaino, ce dernier nous le fait assez savoir. Mais l’élection présidentielle n’est pas ce karaoké permanent auquel se livrent le président et son parolier. La Star’Ac qui interprète Malraux, ça ne fait pas pour autant du De Gaulle !

Pour avoir été à l’origine de cette innovation dans notre vocabulaire politique qu’est le souverainisme, je pense être capable d’en discerner des contrefaçons. Le souverainisme n’est pas une idéologie, surtout pas celle du garde champêtre.

Le souverainisme, c'est le droit de dire non, ou de dire oui bien sûr, ce droit que notre Constitution accorde au peuple au peuple français dès lors que sa souveraineté est en jeu. En ce sens, Mitterrand en 1992 et Chirac en 2005, malgré qu’ils en aient, ont été souverainistes en soumettant au référendum le Traité de Maastricht et le projet de Constitution européenne.

En revanche Sarkozy et Guaino ne l’ont pas été en ratifiant à la sauvette un Traité de Lisbonne qui reprenait les dispositions de la Constitution européenne largement rejetée par les Français en juin 2005. Et s’apprêtent à récidiver avec la « règle d’or » - celle de l’argent, en vérité – que nous impose Mme Merkel. Nul doute que cela nous sera présenté comme le nouvel acmé de la souveraineté de la France. Mais on connaît la chanson. Du moins, je l’espère.

Poutinet Président !

A voir les mines réjouies de Nicolas Sarkozy et Claude Guéant samedi dernier au meeting UMP de Rueil-Malmaison, le deuil et la décence affichées suite au drame de Toulouse et de Montauban auront été de courte durée.

Alors qu’ils incarnent depuis dix ans l’option politique la plus sécuritaire que l’on puisse imaginer en terreau républicain, loin de s’interroger sur les failles criantes des innombrables dispositifs législatifs, règlementaires, policiers qu’ils ont empilés année après année, les deux compères semblent plutôt ravis de l’aubaine (cf.l’incroyable photo de Sarko et Guéant,

C’est une autre image qui vient à l’esprit après l’assaut de Toulouse. Souvenez-vous, Vladimir Poutine après les attentats tchétchènes à Moscou : « on ira les buter jusque dans les chiottes ».

Chez nous c’était une salle de bains. Et, si ce n’est Poutine, mais tout aussi martial, Poutinet.

Ca manque de poésie !

C’était hier, paraît-il, la Journée Mondiale de la poésie. C’est la jeune femme qui présente la météo sur Canal+ qui nous l’a appris, car on ne s’en était guère aperçu, tragédie et campagne électorale obligent. Seul Lamartine, peut-être : « Oh temps suspends ton vol… ».

Dommage. Il fût une époque pas si lointaine où un Président de la République osait convoquer Eluard devant l’émotion nationale. On dirait que c’était il y a des siècles.

A Montauban, mots calculés, calibrés, pesés au trébuchet d’arrière-pensées trop visibles. La poésie n’est pas son fort, à notre Président. Il aurait pu appeler Péguy, qui sied bien aux honneurs militaires :

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre,
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles ».

Hélas, hier, à Montauban, c’est bien à ce vers de Mallarmé, « abolis bibelots d’inanité sonore », que l’on était ramenés.

Journée nationale du sommeil

Bon week-end!

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